Interview : Pierre-Alexandre Renet



"Je reviens de loin."

Vincent Boudet, photos HVA

Interview : Pierre-Alexandre Renet

Interview : Pierre-Alexandre Renet

Gravement accidenté lors du rallye de l'Atacama Rally, au Chili, le 15 août dernier, le Normand Pierre-Alexandre Renet, double world champ' de motocross on vous le rappelle a réattaqué la rééducation dernièrement. Il nous donne de ses nouvelles, lui qui n'est pas passé loin de la catastrophe. Courage l'ami !

 

Alors Pierre-Alexandre, tu en es où ?

"Et bien je récupère tout doucement. J'ai attaqué la rééducation de mon épaule depuis 15 jours, mais encore de façon passive. C'est mon kiné qui me fait bouger l'épaule. Ce n'est pas moi qui force dessus. Le but est de récupérer de l'amplitude au niveau de l'articulation. Mais ça me tire pas mal car l'os n'est pas encore soudé. Enfin, je bosse de façon quasi quotidienne."

Tu peux nous préciser l'étendue de tes blessures.

"Déjà, j'ai 7 vertèbres fracturées, deux au niveau des cervicales, C1 et C2, et cinq au milieu du dos. Mais ce sont celles au niveau du cou qui me posent le plus de soucis, forcément. On sait qu'elles commandent la mobilité de tout le corps. Juste après ma chute, j'ai été opéré pour réparer la C1. Le chirurgien m'a posé deux broches, plus une cage en forme de U. Il n'a pas voulu souder les deux vertèbres entre elles car il craignait que je perde en mobilité au niveau du cou, ce qui pouvait être handicapant si jamais je remontais sur une moto. Enfin, j'ai tout de même 3 à 5 mois de collier cervical à respecter scrupuleusement pour qu'elles se ressoudent correctement. Il m'a bien fait comprendre qu'il fallait que je reste calme. Surtout, il m'a bien expliqué que je revenais de loin car en se brisant, elles ont manqué couper les artères vertébrales qui passent au travers et irriguent le cerveau, ce qui aurait pu provoquer des lésions graves, ou me tuer. On dispose de trois épaisseurs de tissu. Les deux premières ont été sectionnées...

Et au niveau de l'épaule ?

" Et bien, ce n'est pas terrible non plus. Je me suis brisé l'humérus en quatre morceaux, mais surtout, je me suis pulvérisé la tête de l'humérus, une zone très irriguée qui, si la vascularisation ne se rétablit pas, ne se soignera jamais. L'os peut même pourrir ce qui signifie qu'il faudra me poser une prothèse. Aujourd'hui, je ne sais donc pas comment ça va évoluer... Bon, on peut vivre normalement avec, mais dans le cadre d'une carrière de pilote, ce n'est pas terrible."

Donc tu envisages de revenir ?

" Je ne sais pas. Aujourd'hui, mon objectif reste de retrouver toute mon intégrité physique pour vivre normalement. Sans séquelles. J'ai conscience que dans mon malheur, j'ai tout de même eu de la chance car encore une fois, j'aurais pu y rester. Voire me retrouver dans une chaise... Je reviens de loin, j'en ai conscience, même s'il me reste beaucoup de route à faire encore. Pour l'épaule, je saurai plus le 22 novembre prochain. J'ai rendez-vous avec mon chirurgien. Pour les vertèbres, ce sera plus tôt, le 2."

Interview : Pierre-Alexandre Renet

Tu te rappelles de ta chute ?

" Non. J'ai seulement quelques souvenirs d'après chute. Quand Laia Sanz et Daniel Jove sont venus à mon secours. J'ai encore le bruit de leurs motos en tête et leurs paroles. Même si j'étais encore sonné par la choc, je me rappelle des sensations ressenties. Ma tête n'était plus tenue, comme lorsqu'on se casse un bras... Les mêmes sensations. J'ai dit alors à Daniel de bien me la tenir et de ne pas bouger en attendant l'hélico. Ça m'a paru une éternité. Surtout que mon épaule à commencé à me faire bien souffrir. La douleur était même très intense... Mon seul reconfort, ce fut de sentir mes jambes, de pouvoir les bouger."

Tu sais pourquoi tu as chuté ?

"Non. Je ne me rappelle plus ma chute. Mes coéquipiers m'ont rapporté qu'il y avait un danger non signalé et qu'eux aussi avaient manqué chuter à cet endroit. Il y avait un gros trou. Vraisemblablement, je suis passé par dessus le guidon et j'ai tapé la tête directement car mon casque est cassé sur le dessus. Mais je ne rappelle pas ce qui s'est passé ensuite, si la moto m'a heurté."

Tu étais conscient donc ?

"Oui. C'est ensuite que les docteurs m'ont mis dans le coma artificiel. Pour mes opérations. Ils ont mis la dose car j'avoue que j'ai bien déliré ensuite. J'avais l'impression d'avoir vécu une vie parallèle qui interférait avec ma vie réelle. C'était très troublant. Déjà, lors de mon réveil, je ne parlais qu'anglais (!). Ensuite, j'évoquais les courses des français sur les 6 jours des ISDE alors que l'épreuve ne s'était même pas déroulée ! Ma femme m'a avoué avoir bien flippé…"

Et aujourd'hui, ça va ?

"Oui merci ! Enfin, je pense (rires) !"

Et l'avenir ?

"Encore une fois, je ne sais pas où je vais... Revenir en rallye, ça sera compliqué. Aujourd'hui, je passe 95% dans un fauteuil et lorsque je reste debout un peu longtemps, mon épaule me fait souffrir. Je dois m'assoir et descendre le dossier pour la soulager, comme les anciens. Il me faut être patient, mais ce n'est pas facile. Je me pose aussi des questions sur le rallye. Ça va trop vite. On le voit, les pilotes n'arrêtent pas de se fracasser. Et puis à chaque fois que je tombe je me casse, alors que d'autres enchainent les cascades sans rien se briser. Je dois avoir un souci. Je ne suis pas souple, trop lourd... Je pense qu'étant un pilote qui chute rarement, je ne sais pas chuter... Enfin, encore une fois, je n'ai qu'un objectif aujourd'hui, récupérer mes capacités, être à 100%, sans douleurs pour vivre une vie normale. Ensuite, j'aviserai."