Conversation avec Romain Febvre



Le nouveau patron du MXGP

Info Adam Wheeler www.ontrackoffroad.com - Photos Yamaha Racing

Conversation avec Romain Febvre

Trois succès de rang et la plaque rouge ! Romain Febvre, au lendemain du GP d'Allemagne, fait figure de phénomène incroyable : une sorte de météore qui emporte tout sur son passage, éclaboussant de son talent la catégorie reine comme personne avant lui.

A 23 ans l’officiel Yamaha Factory Racing Yamalube a effectué cette saison une entrée fracassante sur les tablettes du MXGP et on est loin d’avoir tout vu dans la mesure où il reste huit épreuves à disputer sur un total de dix-huit. Ayant remporté quatre des huit dernières manches courues et vu l’inattendu forfait de Max Nagl lors de son home GP, RF 461 a pris le commandement au classement provisoire du championnat, neuf points devant l’Allemand absent dimanche à Teutschenthal, après avoir battu Gautier Paulin au général du Grand Prix et débordé un Antonio Cairoli en grande difficulté, aux prises avec son poignet gauche fracturé.

Febvre, rookie dans la classe reine après avoir terminé troisième du MX2 l’an dernier, un championnat auquel il n’avait plus le droit de participer… à un jour près (il est né un 31 décembre !), est l’un des personnages les plus calmes, les plus discrets du paddock. C’est simple, on ne le voit jamais s’énerver. Se montrer déçu, ça lui arrive parfois, certes, mais en revanche il ne laisse jamais deviner la moindre trace de tension, comme si la pression n’avait aucune emprise sur lui. Pas encore, en tous cas. Il a même tenté de minimiser la portée de cette prise de possession de la plaque rouge…

Comment pouvez-vous dire que la plaque rouge n’a pas tant d’importance ? C’est forcément une sorte d’accomplissement pour vous qui ne l’avez jamais portée en MX2…

Bien sûr, c’est super, mais je vous assure qu’elle n’est pas si importante que ça pour moi à ce stade de la saison : je n’ai encore rien gagné au plan du championnat ! Je suis ravi de l’avoir, mais il reste encore tellement de courses jusqu’à la fin de la saison, rien n’est fait du tout et l’on a bien vu ce week-end que n’importe quoi peut arriver à tout moment… Nagl, Cairoli et Desalle sont tous trois tombés ces derniers temps, Herlings de même… Tout peut arriver, je le répète, en course comme à l’entraînement, en allant faire du vélo par exemple ! Mais cela dit j’ai définitivement vécu un week-end à marquer d’une pierre blanche, avec une victoire de manche et le GP.

Vous avez dû aller vous coucher samedi soir en vous disant qu’il y aurait sûrement de bonnes opportunités pour vous le lendemain, après avoir appris que Nagl était out…

Je ne pense pas tellement à ce genre de choses, pas comme ça. Encore une fois, c’est top d’être en position de leader, mais ce qu’il faut, c’est l’être en fin de championnat ! C’est nettement mieux, c’est là que ça compte… Je dois continuer à essayer de gagner des courses, des manches et des GP, c’est mon but et je ne me pose pas davantage de problèmes.

Vous l’avez emporté sur différents terrains, différentes surfaces, en France, en Italie et ici en Allemagne, le tout sans commettre d’erreur rédhibitoire. Ce doit être une belle satisfaction de constater que vous pouvez gagner dans toutes les conditions ?

Oui, je sais que j’ai la vitesse. Sur les trois ou quatre dernières épreuves, mon rythme était bon et il est clair qu’avec un bon départ je peux jouer la gagne. En première manche, aujourd’hui, j’ai commis quelques fautes. Rien de grave, mais j’ai vu qu’il y avait quelques endroits où la chute n’était pas très loin… J’ai réalisé que je devais être plus prudent, ne pas prendre trop de risques.

Je pense que s’il y a eu tant de crashs ce week-end, c’est à cause de la piste, pas seulement des pilotes.

On pouvait penser que vous aviez été un peu chanceux à la maison, puis que vous aviez connu une certaine réussite dans la boue de Maggiora, où les courses ont pu prendre une allure de loterie, mais aujourd’hui vous avez démontré que vous pouviez gagner partout !

C’est sûr. En première manche, j’ai pris la tête au bout de trois tours. Parfait. C’était beaucoup moins évident dans la seconde : Bobryshev a chuté dès le premier virage et j’étais si près derrière lui que j’ai failli le toucher. Du coup je me suis retrouvé aux environs de la dixième position. Mais j’ai vite senti que la vitesse était toujours au rendez-vous et j’ai pu rapidement dépasser plusieurs pilotes, effectuant une belle progression vers les avant-postes. Revenu second, j’ai voulu passer Paulin pour prendre le commandement, mais une pierre projetée par sa roue arrière a bougé l’écran de mes lunettes et, je ne sais comment, de la boue a pu pénétrer à l’intérieur. J’en ai eu dans les yeux, je sentais l’air s’infiltrer dans les lunettes et forcément ma vision en a pâti. Mais je ne lâchais rien… Toutefois, à trois tours de l’arrivée, j’ai décidé de rendre la main car ça devenait vraiment compliqué, d’autant que Gautier n’avait pas du tout l’intention de se laisser dépasser ! Et puis je savais que la seconde place suffisait pour l’emporter au général. C’est génial de gagner à nouveau, surtout sur cette piste difficile, défoncée, pleine d’ornières profondes, avec de gros sauts. Les organisateurs avaient vraiment mis beaucoup trop d’eau avant la première manche : j’ai parlé à des responsables de la FIM entre les deux courses qui m’ont assuré qu’ils avaient demandé aux gens du club de ne pas arroser si abondamment, mais ils n’avaient pas été écoutés, apparemment ! C’était très piégeux et on nous a obligés à prendre des risques inutiles. Je pense que s’il y a eu tant de crashs ce week-end, c’est à cause de la piste, pas seulement des pilotes. En seconde manche c’était nettement mieux, sur un circuit plus sec. La compétition y a gagné, les pilotes ont pu attaquer davantage, se lâcher, ce qui a donné quelques belles bagarres…

Le GP de France a dû être quelque chose de très spécial pour vous, celui d’Italie l’a été pour le team Yamaha qui de plus fêtait ses soixante ans, aujourd’hui avec ce hat-trick vous vous hissez au niveau de stars établies telles que Cairoli, Nagl, Desalle, Paulin…

Eh oui, un rookie au top ! Je ne sais trop quoi dire… C’est super pour moi, pour le team, pour Yamaha. Je pense qu’ils peuvent se féliciter de tout le travail effectué avec moi à l’intersaison, les efforts paient. Mais on va continuer à bosser. Car je ne m’attends pas à autant de satisfactions à chaque GP : je vais juste essayer de continuer à piloter comme je sais le faire, sans prendre trop de risques.    

Romain Febvre est le nouveau leader du MXGP

Vous avez prévu d’aller assister au MotoGP à Assen samedi prochain : ça va être une sacrée expérience d’arriver là-bas en tant que numéro un du MXGP…

Bien sûr, rien que d’y penser, ça me fait tout drôle… D’autant que Yamaha pointe aussi en tête du MotoGP ! Je sais que les gars de la vitesse suivent ce qui se passe en motocross et ça va être sympa de pouvoir les rencontrer. Ce sera une première pour moi, je ne suis encore jamais allé sur un Grand Prix de vitesse et, croyez-moi, à l’idée de découvrir ça, je suis très excité !

Mais en fait vous serez aux Pays-Bas pour y préparer le GP qui se déroulera lui aussi vers Assen fin août, avec deux journées de testing au programme. C’est vraiment indispensable ? Il semble que l’YZ450FM marche déjà pas mal, non ?

C’est ainsi. Ce n’est pas parce que l’on gagne des courses qu’il faut arrêter de travailler. Qu’on gagne, qu’on perde ou qu’on soit dixième, nous devons tenter de faire progresser la machine. Le team ne perd pas de vue les saisons qui se profilent au-delà de celle-ci, et puis de toutes façons on peut toujours s’améliorer. Les gars de l’équipe ont tout le temps de nouvelles bonnes idées à tester ! On trouve toujours de petits détails à peaufiner, qui parfois peuvent faire la différence. Mais on peut aussi stagner, ça arrive. A nous de trouver la bonne direction dans laquelle avancer. De même, à titre personnel, je peux moi aussi progresser encore et toujours, essayer d’être plus fort, avec en ligne de mire la fin de saison, mais aussi les années qui suivront. Je pense être encore loin d’avoir atteint mes limites sur cette moto, alors je dois continuer à bosser.

Vous venez de signer un nouveau contrat pour 2016 et 2017 avec Yamaha : si vous enlevez le titre, devrez-vous… renégocier ?

 

Ah, ah… C’est bien possible… ».