Dakar

Dakar - Thierry Sabine : trente ans déjà !

Article ajouté le 14/01/2016

Ouais, trente ans : incroyable ! Thierry Sabine a trouvé la mort le 14 janvier 1986, quelque part au sud du Sahara, à l’est de Tombouctou, non loin du fleuve Niger. L’hélico dans lequel il avait pris place a heurté une dune, les cinq passagers sont morts sur le coup. Ce n’était pas très raisonnable de voler la nuit, mais Thierry n’était pas du genre à s’embarrasser de ce type de considérations. A certains égards d’ailleurs le mystère persiste, on ne saura jamais ce qui s’est passé exactement. Mais l’important n’est pas là.

On connaît l’histoire, en gros : ce jour-là ils avaient assisté, avec Daniel Balavoine, à la mise en service d’un de ces puits auxquels le chanteur consacrait une belle part de sa fière énergie, une de ces initiatives collatérales que TS encourageait toujours de bon cœur. Puis ils avaient donné le coup d’envoi d’un match de foot. Mais la cérémonie s’était un peu éternisée et, tous pressés de rejoindre la caravane du rallye, le pilote de l’hélicoptère et ses quatre passagers sont repartis dans le jour déclinant. Une chose est sûre, ils auraient dû sagement dormir sur place et ne décoller qu’au lever du soleil, seulement que voulez-vous, l’organisateur du Paris-Dakar était un homme pressé !

J’ai eu la chance de connaître Thierry personnellement. Sans être un véritable proche, non, plutôt une sorte de « complice ». Assez nettement au-delà de la simple relation professionnelle, cela dit. Et si je parle de chance c’est que le personnage a vraiment compté pour moi. Certainement l’un de ceux qui m’ont le plus marqué au cours de mon existence. D’ailleurs, aujourd’hui encore, trente ans plus tard, il m’accompagne très fréquemment en pensée. Son souvenir est lié à tant de moments définitivement inoubliables !

Je ne l’ai connu qu’en 1978. J’en entendais parler depuis la première édition de l’Enduro du Touquet, en 1975, puis je l’ai croisé à son retour d’un second « Côte-Côte » ô combien fondateur, l’année suivante, mais je n’ai vraiment fait sa connaissance qu’au cours la première Croisière Verte. Aventure géniale… Sans entrer dans le détail, j’y ai aussi rencontré celle qui allait devenir la mère de mes enfants et figurez-vous que celle-ci était une compagne d’équitation de Thierry dans leurs jeunes années au Touquet, avant de partager avec lui la passion dévorante du rallye automobile au début des années 70. Bref, au-delà de ma position de journaliste de Moto Verte, interlocuteur forcément privilégié de TSO, promoteur des événements « du moment », Touquet et Croisière Verte, je m’étais d’un coup sérieusement rapproché de la « bande à Thierry », avant même le départ du premier Paris-Dakar.

Auquel, bien entendu, j’allais foncer m’engager, sans savoir du tout dans quoi je mettais les pieds. Mais depuis des mois que je rêvais de pérégrinations africaines, écoutant les récits épiques de Gilles Mallet, mon rédac’ chef ex-vainqueur du rallye Côte d’Ivoire-Côte d’Azur… A mon tour j’allais découvrir l’Afrique et le désert ! Les anecdotes à propos de cette première édition du Paris-Dakar sont légion et, à titre personnel, il suffit de rappeler que j’étais de l’expérience des Moto Guzzi pour évoquer toutes sortes de péripéties dignes de celles des explorateurs d’antan mâtinées d’Easy Rider, un truc qui reste forcément gravé à jamais comme l’un des « trips » les plus sauvages qu’a connus cette épreuve portant si riche en dingueries en tous genres. Mon camarade Bernard Rigoni a mené, lui, sa V 50 (ou plutôt un bitza constitué de deux ou trois exemplaires différents !) à l’arrivée (eh oui, : respect !), au prix d’aventures diverses et variées. Avec Nanard, jusqu’à la fin de nos jours nous vibrerons à l’évocation de ce vécu commun incroyable.

Ce qu’il avait de génial, Thierry, outre son charisme universellement reconnu, son audace extraordinaire, son entrain communicatif, son jusqu’auboutisme furieux, son afro-enthousiasme si l’on peut dire, son imagination fertile souvent teintée de poésie et son art du business à la fois, c’était son intelligence aigüe, cette façon de jauger les hommes et les situations en un clin d’œil, cet art de piger au quart de tour

Mais, peut-être plus encore si possible, cette édition 79 a été celle de la naissance d’une espèce de fascination pour un type hors du commun que j’ai pu observer à loisir sur le terrain : en rentrant en France au bout de trois semaines, j’étais définitivement vacciné, l’un de ces « pro-Sabine » à 110% prêts à le suivre n’importe où. Ce qu’il avait de génial, Thierry, outre son charisme universellement reconnu, son audace extraordinaire, son entrain communicatif, son jusqu’auboutisme furieux, son afro-enthousiasme si l’on peut dire, son imagination fertile souvent teintée de poésie et son art du business à la fois, c’était son intelligence aigüe, cette façon de jauger les hommes et les situations en un clin d’œil, cet art de piger au quart de tour. Sans avoir besoin des mots, souvent un regard suffisait. Vraiment quelqu’un d’assez unique, à ce point de vue.

J’ai participé aux éditions 79, 80 et 82 en tant que concurrent, j’ai assisté à l’arrivée du rallye en tant que « reporter » en 81 et 85, ceci pour l’époque Sabine. Mais je n’étais pas sur place en 86. Toutes ces tribulations africaines (je me souviendrai éternellement, notamment, de quelques heures à bord du Dornier du regretté Patrick Fourticq lors de l’édition 82, passées à rechercher le fils de madame Thatcher dans l’extrême-Sud de l’Algérie…), les soirées au Westminster au Touquet, les traversées de la France avec la Croisière ou encore les discussions dans ses bureaux du XVIème, quand j’y pense ça en fait quelques-uns des instants privilégiés à côtoyer le boss de TSO…

Et oui, autant le dire, il y avait bien quelque chose de l’ordre du mystique dans le personnage de Thierry apparaissant en « commandeur des croyants », haranguant ses troupes lors des briefings, juché sur un bidon avec sa combinaison et son chech. Même si tout cela c’était aussi pour rigoler, et nous étions quelques-uns d’ailleurs à ne pas nous priver de le vanner avec ça ! Mais aujourd’hui, connaissant la fin de l’histoire et y songeant tant d’années plus tard, tout ceci prend forcément une dimension différente : le personnage est aujourd’hui taillé dans le marbre de sa légende. Non, ce n’était pas Dieu, a rappelé Diane, sa femme, dans un film hommage sur France 2 diffusé début janvier. Non, d’autant plus qu’en ce qui me concerne, Dieu n’existe pas. Mais à cette période de ma vie, d’une certaine façon, je me suis parfois senti dans la peau d’un disciple.

Par Eric Breton - Photo copyright D.R.
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