Trilogie Ludovic Lazareth (2/3)



Les machines : de la fureur et du bruit

Par Claude de La Chapelle. Photos : Lazareth Auto Moto

Trilogie Ludovic Lazareth (2/3)

C’est quoi le style Lazareth ?
Des carénages ou carrosseries ciselées, anguleuses, agressives, avec des lignes droites et des angles plutôt que des formes rondouillardes comme on le voit sur les machines néo-rétro. Pour l’illustrer, je te dirais que je déteste la New Bettle et je me pâme devant la Lamborghini Countach !

Comme celle que tu as dans ton garage ?
Oui, c’est un rêve devenu réalité, une opportunité que j’ai eu la chance de dénicher en Suisse. Cette voiture a été construite dans la violence, pour contrer Ferrari, elle est faite d’exubérance et d’énervement. Un mètre de haut, toute plate avec ce V 12 de folie et cette symphonie dès que je la démarre. J’aime cet état d’esprit, l’exagération, faire du bruit pour montrer que ça existe ! Et construire ce que les gens ne font pas, parce que qu’ils n’osent pas ou ne savent pas par quel bout commencer. C’est ma façon de me différencier. Et si cette marginalité peut plaire, alors tant mieux (Rires.)

Ce style a-t-il évolué ?
En fait, je suis l’actualité. Il fut une époque où l’on favorisait les trains arrière assez volumineux, aujourd’hui, c’est tronqué, de plus en plus court. Je pense être dans l’air du temps, mais toujours avec des formes agressives, c’est dans l’ADN de la maison.

Depuis tes débuts, tu as aussi bien évolué sur la finition ?
C’est clair et je m’en aperçois d’autant plus que je suis en train de restaurer deux machines que j’ai réalisées il y a une bonne dizaine d’années… Et c’est normal, on se bonifie avec le temps (Rires).

Où puises-tu ton inspiration ?
Je n’en sais rien… ça bouillonne en permanence dans ma tête ! Je dessine, sur une planche, à l’ancienne, car le travail sur ordinateur, ce n’est pas trop mon truc. Je confie ce travail à un jeune technicien qui réalise mes plans avec mes cotes. Je ne dessine que les pièces techniques. Pour la partie artistique comme la carrosserie, je travaille directement en 3D sur un marbre de modelage. J’utilise du fil de fer pour réaliser un squelette qui donnera ensuite la forme à la pièce en fibre de verre, le master à partir duquel je réaliserais un moule. C’est la méthode que m’a transmise Franco Sbarro et, même si c’est old school, elle me convient très bien.

Comment gères-tu les pièces soumises à de grosses contraintes mécaniques ?
Pour ne pas avoir de problèmes, et je n’en ai jamais eu, je ne prends aucun risque, je surdimensionne !

Quels sont tes matériaux de prédilection ?
L’aluminium que je ne fais pas anodiser. L’usinage est aujourd’hui tellement rapide que l’aluminium est presque poli, je le laisse brut car j’aime les stries de fraisage. Je travaille aussi pas mal l’inox.

Et au niveau des couleurs ?
Je n’aime pas le flashy, pour ce qui est des codes couleurs, je suis sur des teintes neutres ou soft, beaucoup de mat et du carbone aussi.

Est-ce qu’il y a quelque chose que tu ne fais pas ?
Non, à part des rats (Rires). Je vais attaquer une V-Rod et si on me demande un chopper, même si ce n’est pas ma spécialité, j’accepte avec enthousiasme car je m’accomplis dans mon travail, dans le fait de créer des machines, c’est une passion.

Comment ça se passe pour l’homologation ?
Tous les véhicules que je réalise sont homologués en France. Depuis 2004, j’ai un statut de constructeur permettant d’établir une carte grise au nom de Lazareth. Mes véhicules passent les tests de freinage, de bruit… et sont homologués en RTI à titre isolé. Je peux faire des séries de 10 machines d’un même type.

Par rapport à la réglementation, ça devient compliqué, comme l’obligation d’avoir l’ABS en 2016.

Ça passe comme une lettre à la poste ou est-ce à chaque fois un stress ?
J’ai établi un climat de confiance avec les gens de l’Utac. La première fois, en 2005, j’ai été obligé de tout démonter, de l’injection aux disques, afin de passer la machine au crible. C’est normal, je devais démontrer la qualité de mon travail. Avant de monter à Montlhéry, j’effectue déjà les tests chez moi, pour éviter les mauvaises surprises car on est à l’abri de rien. Je suis scrupuleux et je ne présente que des machines conformes, même si parfois, cela altère légèrement un design idéal.

Et la garantie ?
Toutes mes réalisations sont garanties un an pièces et main d’œuvre. Je garantis aussi les moteurs.

Les motos de série sont de plus en plus racées, compactes, efficaces et débordent d’électronique. Cela te complique-t-il la vie ?
Oui, et je fais travailler un électronicien pour fabriquer des boîtiers qui leurrent ce dont je n’ai pas besoin. Par rapport à la réglementation, ça devient compliqué, comme l’obligation d’avoir l’ABS en 2016. Du coup, pour la taille des roues, ce sera une nouvelle contrainte. On gère, on se débrouille, mais on en bave un peu (Rires.)

 

QUELQUES RÉALISATION "LAZARETH"

BMW R 1200 Scrambler
Dix exemplaires ont été réalisés en 2014 et dix autres le seront en 2015. Pour une allure néo rétro, l’instrumentation se limite à sa plus simple expression, le cadre est revu avec fourche inversée et tés taillés dans la masse, réservoir en aluminium, selle et coque Lazareth, roues à rayons spéficiques en 4.5 et 5.5, freinage 310 mm avec étriers 4 ou 6 pistons, échappement sur-mesure…

BMW R 1200 Scrambler

Wazuma V8F
Un moteur V 8 Ferrari de 3 litres délivrant 250 ch (pour 500 kg), alimenté par 2 rampes d’injections de Yamaha R1. Un cocktail mécanique dont Lazareth a le secret ! Le berlingot est accouplé à une boîte séquentielle 6 vitesses de BMW M3. Les roues jumelées arrière reçoivent des jantes Momo élargies et sont enrobées de pneus en 315/30 ZR 18 contre 285/30 ZR 18 à l’avant. 4 disques Brembo de 324 mm et 4 amortisseurs Öhlins PFP assurent le freinage et la suspension.

Wazuma V8F

Wazuma GT
Un design original, une ligne avant-gardiste et un châssis performant pour des sensations pures, c’est le programme réjouissant du Wazuma GT à propulsion. Il est articulé autour d’une structure tubulaire avec roues arrière jumelées intégrant des bras oscillants. Les suspensions sont signées Öhlins et les jantes de 20 pouces confiées à OZ. La carrosserie en polyester fibre de carbone recouvre le cœur de la bête, à savoir un V8 Supercharged de 4 litres griffé Jaguar. Royal !

Wazuma GT

FZR Turbo
C’est avec cette réalisation sur base de Yamaha 1000 FZR que Ludovic Lazareth s’est véritablement fait connaître dans les médias. Et elle ne manque pas d’allure avec sa carrosserie originale en polyester lui conférant une silhouette de dragster matinée d’avion de chasse. L’empattement est rallongé pour être raccord avec la fourche et l’angle de chasse modifiés. Un monobras en aluminium prend place à l’arrière, le moteur héritant d’un turbo de Fiat.

FZR Turbo

Dokujya
Vu dans le film de Mathieu Kassovitz Babylon A.D, cette réalisation autour d’un moteur de Honda 1000 VTR porteur à 100% met en lumière un monobras d’un côté et une monofourche taillée dans la masse de l’autre. Gros travail sur le design et la carrosserie et comme cela ne suffisait pas, Lazareth a rajouté un compresseur pour suralimenter le moteur, des fois que la belle ne soit pas assez piquante !

Dokujya

Wild Star 1600
A la demande d’un client, Ludovic réplique la moto exposée au salon de Tokyo. Le moteur de la Yamaha Wild Star est porteur et toute la partie technique (batterie, bac à huile…) se retrouve dans le sabot. Monobras et roue arrière de Triumph Speed Triple, fourche GSX-R, habillage, échappement, phare… un gros travail et un travail d’expert pour un résultat spectaculaire.

Wild Star 1600

 

A suivre, partie 3 : Les projets : de l'électrique au V8