ROUES LIBRES E08 : LAOS



RUSTINES CHINOISES ET RIZ GLUANT

Par Fabrice Tulane

ROUES LIBRES E08 : LAOS

Une balle dans le casque, l’idée est peu réjouissante. Tristement célèbre pour ses attaques de bandits, la nationale 13 traverse le Laos du nord au sud. Le gouvernement a bien construit des villages le long de la route isolée, installé ici et là des postes de contrôle. En vain. Il y a peu, deux noms sont venus s’ajouter à la liste des victimes. Pourvu qu’elle soit exhaustive.

Malgré la moiteur ambiante, j’ai eu froid dans le dos quand la moto a commencé à louvoyer. Pneu crevé. Je suis resté bien démuni, seul dans ces montagnes. Mais après le cinquième démontage de roue sur une centaine de kilomètres, je me fais une raison. La veille, j’ai laissé dans le rétroviseur la capitale, Vientiane, où des Asiatiques coiffés du béret roulent au volant de 2 CV Citroën. Héritage du colonialisme français, la baguette fraîche tartinée de Vache-qui-rit parfait le petit-déjeuner. Aujourd’hui me voilà sur cette route de montagne, à lutter avec des rustines chinoises récalcitrantes. À la nuit tombée, je répare à la lueur d’une lampe à pétrole. Je me suis posé dans un village theung, le peuple lao des collines.

Une vingtaine de gosses surveillent chacun de mes gestes avant de s’éclipser au démarrage d’un groupe électrogène. Il alimente la seule télévision du coin. Les programmes communistes n’ayant aucun intérêt, les mômes rappliquent. Shithon m’invite à goûter la spécialité lao, le riz gluant, et m’offre un lit pour la nuit: des planches de bois. Des enfants observent l’étranger sombrer dans un sommeil que seuls les rats viendront perturber. À Luang Prabang, la vie est un long fleuve tranquille, rythmée par les coups de piston des sampans sur le Mékong, la «Mère des Eaux». À l’aube, les bonzes reçoivent l’aumône de boulettes de riz. Bouddha veille sur ses âmes. Le coucher de soleil sur le fleuve ajoute à la dimension spirituelle des lieux.

ROUES LIBRES E08 : LAOS

Plus au nord, les brûlis embrument l’horizon et l’opium les esprits. Le lao-lao, alcool de riz à 50°, coule à flots pour le nouvel an chinois quand j’arrive à Muang Sinh, où vivent les minorités ethniques yao et hmong. Le pays s’ouvre à peine. Il a gardé son identité, un peuple charmant, un rien nonchalant. Trois jours de piste m’amènent à Laksao, près de la frontière vietnamienne. Je descends dans l’hôtel le moins cher de la ville, l’hôpital. Comme moi, les patients semblent en pleine forme. La forêt a apporté une offrande: un gros iguane, accroché par la patte, accuse stoïquement les coups de pierre qu’on lui écrase sur la gueule. Pauvre bestiau, tu saignes déjà du museau. Ferme les yeux, ça ira. Je sors mon réchaud à essence. Pas de viande dans mes spaghettis ce soir!

A suivre ...
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