Maria Riding Company



L’âme et la manière

Par Claude de La Chapelle. Photos Maria Motorcycle

Maria Riding Company

A Lisbonne, l’atelier Maria Riding Company propose des bécanes uniques, assemblées par un trio de conquistadors partageant une certaine idée de ce que doit être une moto ayant une âme.

Maria Riding Company annonce la couleur : « No Time. No Territory. Just an attitude inspired in the past and dressed to impress ». Comme vous êtes tous allés à l’école, nous ne vous ferons pas l’affront de traduire. L’atelier portugais qui s’est forgé rapidement une belle réputation, à force de travail, maîtrise parfaitement les codes du marketing via un discours bien rôdé où se mêlent le sentiment de liberté, la quête de différence, l’envie de s’approprier une machine unique, estampillée Maria… en jouant sur les émotions liées au passé, à l’Histoire. Maria Riding Company, installé à Lisbonne depuis 2012 est né du croisement de plusieurs routes, de cœurs de quadragénaires battant au rythme des moteurs à explosions de leurs Yamaha XS 650, Kawasaki W 650, Triumph 900 Thruxton et 650 Bonneville, Harley-Davidson 1200 Sportster… et d’autant de châssis bien montés.

La cheville ouvrière de la bande, c’est Luis Correia, à la base photographe et directeur artistique. Depuis toujours, il prépare des machines, pour le plaisir. Il a voulu en faire son boulot. Il y a 5 ans, Luis retourne à l’école et complète son cursus de designer par une formation de mécanicien et de soudeur. Il est désormais en charge des projets et de leur bonne gestion, ce qui implique de mettre les doigts dans le cambouis avec l’aide de quelques mains expertes. A ses côtés, Rui Alexandre, web designer, illustrateur, musicien, styliste et Pedro Frutuoso, qui s’inscrit dans ce même moule multiculturel d’où émergent de bonnes ondes, le carburant de cette enseigne. Autant de passionnés pur jus et de farouches volontés qui œuvrent à imposer (et exporter) leur vision, bien au-delà de leur Portugal natal.

Du cœur à l’ouvrage

Maria Riding Company propose café-racer, scrambler, street-tracker… utilisant les bases les plus diverses, de la modeste Honda 125 CG à la plantureuse Yamaha 1300 XJR en passant par la Ducati 1000 GT et les incontournables Triumph de tous poils. Rien d’extrême, mais des machines au look travaillé, plus légères, visuellement et sur la balance, avec une personnalité affirmée et des moteurs qui répondent au moindre coup de gâchette. Brââp, brââp, brââp… Maria achète certaines pièces, chez LSL, Arrow… fabrique les supports, pattes, platines, cache-latéraux… en aluminium pour un montage soigné et cogite pas mal autour de la déco, anodisant par-ci, peignant par-là.

Maria Riding Company

Le résultat est très cool et sans esbrouffe. Pousser la porte de l’atelier peut vous emmener bien plus loin que vous ne l’imaginez. Ainsi le propriétaire de « Panzer », la BMW R75/6 de 1976 était venu pour une nouvelle selle. Il avait quelques idées, mais manquait d’une vision globale pour son projet. Les boys de Maria Riding Company se sont chargés de mettre le puzzle en bon ordre pour un résultat bien sympa, une vraie gueule, qui donne envie d’enfourcher le gros flat teuton et de mettre du gaz.

La Triumph Spitfire (une T100 d’occasion de 2005) découle de la volonté de son propriétaire de jouer avec l’esprit scrambler, dans un trip army. Inspiré par le chasseur britannique Spitfire, en utilisant une peinture camouflage mais revisitée à une sauce plus urbaine et contemporaine, en peignant le réservoir, les jantes, le phare, les couvre-culasse, les chapeaux de carbus… Maria lui offre une allure qui claque. Dans le détail, il y a du boulot : contacteur déplacé, nouveau compteur et phare, anodisation de la visserie, arrière de cadre coupé avec nouveau garde-boue en alu et feu…

Juliette, autre Triumph Bonneville adopte les mêmes artifices esthétiques, chocs chromatiques entre le rouge des couvre-culasse et chapeaux de carbus et les teintes élégantes qui recouvrent la belle tout en faisant l’objet de moultes attentions, comme la jolie citation tirée de la tragédie romantique « Roméo et Juliette » de William Shakespeare sur le réservoir. On peut aimer rouler des mécaniques et avoir l’envol d’un poète. Les boys de Maria Riding Company mettent du cœur à l’ouvrage et ça se sent, et ça se voit.