le Feuilleton à Tonton Riton : le calme plat… avant la tempête ?



Eric Breton, photos : Jim McMillan

le Feuilleton à Tonton Riton : le calme plat… avant la tempête ?

 Le calme plat… Avant la tempête ? 

Salut les p’tits n’veux ! On se plaint de constater que le temps file à toute allure, que la planète tourne toujours plus vite, qu’au vu de cette accélération manifeste les calendriers ne cessent de s’emballer et que, tenez, à peine a-t-on entamé une saison qu’on plonge déjà dans la suivante… Mais en réalité on n’est encore que fin mars, dans la treizième semaine de l’année seulement et, si le championnat SX US aborde déjà son dernier quart, il semble bien en fait que, question transferts, ce soit encore un certain calme plat qui règne, voyez-vous ! Ceci alors que la lutte finale pour le sacre est en train de prendre une tournure déjouant radicalement toutes les prévisions... 

 

Pas d’affolement, donc : pour l’instant, priorité à l’action et chaque chose en son temps, n’est-ce pas ? Ouais, ouais, bien sûr… Sauf qu’en coulisses, croyez-le, si rien n’a encore filtré, ça cogite d’ores et déjà sérieux ! Eh oui, c’est qu’il ne faut jamais la perdre de vue, la glorieuse incertitude du sport ! Devrait-on attendre sagement le dénouement, laisser peinard retomber les cotillons et l’adrénaline avec et ne faire les comptes que lorsque tout sera vraiment terminé, avant de lancer l’exercice suivant ? Minute papillon, ce serait trop simple ! Et je ne vous apprends rien, ce n’est pas du tout comme ça que ça fonctionne, oh non, loin de là ! Pas le temps (et le temps, c’est de l’argent, etc). Tout top-team (et les autres aussi, à leur niveau) doit savoir anticiper, comme au casino, toujours avoir un, deux ou même trois coups d’avance, tâcher d’être le premier à miser sur le bon cheval, veiller à placer ses billes de façon optimale et la jouer super fine, sans attendre, faute d’être devancé par la concurrence, s’il veut remporter la partie, cette joute préparatoire, afin de préparer au mieux celle qui suivra sur le terrain. Bref, on s’agite dans l’ombre dès le début de l’année et parfois même plus tôt, histoire de préparer la saison suivante. Ainsi, rien de plus normal qu’en ce printemps 2017 le MX US discute déjà de 2018 !

 

Sauf que, à l’heure actuelle, tout le processus semble bloqué. La faute à Ryan Dungey ! Le number one n’a pas encore décidé (ou du moins il n’a pas rendu publiques ses intentions) si en fin de saison il dirait stop ou bien encore. A priori, on a tendance à imaginer que le double champion en titre (série en cours) va plutôt pencher en faveur de la retraite : OK, il n’a rien d’un vieillard (il aura 28 ans le 12 avril), mais c’est un vrai family man et sa famille justement, son épouse en particulier, fait le forcing en ce sens. Et puis, fortune faite, ayant tout gagné, rien ne s’oppose en effet à ce que le Dunge plie les gaules la tête haute et vive tranquillement la vie dont il a envie. N’oublions pas qu’il a eu largement le temps comme on sait de réfléchir à cette situation au cours du second semestre de l’année dernière, déjà, quand un pète aux cervicales en Pennsylvanie l’a privé de fin de championnat outdoor. Une série qui lui avait merveilleusement réussi jusque-là, RD ayant toujours empoché le trophée ou, au pire, fini vice-champion, depuis qu’il était aligné en catégorie 450. Sur son canapé, au milieu des siens, il a pu prendre tout le recul nécessaire, apprécier au maximum ce peu de temps libre, comme il l’a reconnu lui-même à l’époque, en fin d’été, et gamberger à loisir quant aux risques et aux exigences et autres impératifs du métier de pilote de motocross au top du top.

 

Et si ces jours-ci il en est encore à cogiter, ce n’est pas tout : d’une part son employeur, l’usine KTM via sa filiale américaine, vu les services rendus à la nation, laisse de bonne grâce à son premier pilote toute la latitude voulue pour décider à sa guise et choisir lui-même le moment adéquat pour annoncer son choix, c’est bien la moindre des choses. Ensuite le champ’, on s’en doute, préfère forcément attendre de voir comment va évoluer sa situation sur le front du championnat supercross, moins évidente que prévu face à cet os somme toute assez inattendu que constitue Eli Tomac, porté par son infernal état de grâce actuel. La belle avance que RD avait su accumuler en début de parcours a fondu comme neige au soleil et dernièrement voici Dungey bien incapable de mettre un coup d’arrêt à l’impressionnante série victorieuse du pilote Kawasaki. Autrement dit, à moins d’un second souffle assez miraculeux de la part du tenant du titre, on a envie d’affirmer qu’en vérité désormais seul Tomac peut encore battre Tomac. Le gars du Colorado semble posséder un tel avantage en ce printemps 2017 que cette fois il n’a pas, comme ce fut si souvent le cas par le passé, à en faire des tonnes pour s’imposer et, nanti de sept succès en douze courses (contre deux seulement à RD !), il domine si fichtrement la situation aujourd’hui qu’on voit mal, même s’il n’a pas toujours été le mec le plus fiable au monde, comment ET3 pourrait rater la cible et ne pas faire sauter la banque début mai à Las Vegas…

 

Oui, c’est Ryan Dungey qui possède la clef du marché des transferts 17/18. Et pas seulement parce qu’il est (encore) le numéro un, mais également parce que sa place et l’équipe à laquelle il appartient représentent la destination dont rêvent quasiment tous ses rivaux. KTM, c’est assurément le team qui a le vent en poupe, the place to be, avec les vraies de vraies machines d’usine (production rule or not), Roger De Coster aux commandes, etc. Le top ! Alors voilà, la situation risque fort de ne pas se décanter avant le joli mois de mai…

 

le Feuilleton à Tonton Riton : le calme plat… avant la tempête ?

Oui, tous rêvent de KTM. Tenez-vous bien, Tomac compris ! Car, aussi étonnant que cela puisse paraître, Eli semblait décidé à changer à nouveau de crèmerie, jusqu’à très récemment encore. A quitter son équipe… Eh oui, ça sonne un peu dingue, mais il est comme ça, ET : souvenez-vous, quand il avait commencé à tout gagner au guidon de la Honda, avant même de se blesser sur ses terres de Lakewood, il avait déjà décidé de changer de monture, signant avec Kawasaki ! Bon, évidemment, cette incroyable série de succès, cette implacable domination sur le championnat SX, le titre suprême qui se dessine (et sans doute au surplus un certain forcing du côté des responsables des Verts !) l’ont amené, ces dernières semaines, à réviser son jugement et finalement, allez, à envisager bel et bien de prolonger son bail sur la KXF. Même si apparemment, pour l’instant rien n’est encore tout à fait acquis. Comme les autres, Tomac (pour lui, sans aucune crainte, il est vrai, en ce qui concerne un futur contrat fort juteux) attend de voir ce que va décider Dungey.

 

Et puis à part ça, une autre incertitude majeure plane ces temps-ci sur le front du MX US. Elle concerne évidemment Ken Roczen : guérira-t-il complètement, reviendra-t-il, et quand ? Certes, le champion allemand basé en Floride donne l’impression d’être tout à fait serein, il se sait entre les mains des meilleurs spécialistes qui soient et il ne pense donc qu’à se consacrer à 100% à sa rééducation. Il croit en son avenir dur comme fer, bien entendu, se revoyant très bientôt aux commandes d’une CRF officielle. Mais, ayant observé les différentes images parues sur la toile, sur les réseaux sociaux, ayant regardé attentivement l’interview réalisée chez lui par racerxonline.com, on comprend assez vite que, lorsqu’il parle d’une année perdue, KR 94 n’évoque plus seulement le championnat SX en cours, mais bien toute l’année civile… En effet, devant les images de son bras et de ses doigts encore bien peu mobiles, on l’imagine très difficilement, hélas, derrière la grille de départ à Hangtown dans à peine plus d’un mois et demi !

 

Juste après l’accident, à Anaheim 2, on a d’abord cru que le champion 2014-2016 pourrait défendre sa couronne outdoor. Un bras cassé ? Ça le ferait sans problème ! Mais, comme on a commencé à réaliser assez rapidement par la suite, le membre en question avait si salement morflé (il ne s’agissait pas, oh non, d’une simple petite fracture de rien du tout) que ce serait plus compliqué que ça. D’ailleurs, K-Roc’ lui-même, toujours franc du collier, ne l’a aucunement caché, ses chirurgiens lui ont expliqué très clairement que c’était passé tout près, le (les ?) muscle(s) de son avant-bras gauche avaient frôlé la « mort » (ne me demandez pas davantage de détails, je ne connais rien à la médecine : tout ce que je sais c’est qu’un muscle qui ne veut plus fonctionner, c’est fichu…). Ça fait peur, plus encore que toutes les images un peu gore qu’on a pu voir ça et là, il n’y a d’ailleurs qu’à penser à la centaine d’agrafes posées (et aujourd’hui retirées) et aux quelque neuf opérations subies jusqu’ici pour frissonner et s’en convaincre : cette vilaine blessure, c’était loin d’être de la rigolade ! Toujours est-il qu’aujourd’hui il se murmure à droite à gauche qu’on n’est peut-être pas près de voir l’ex-champion du monde/champion US en course. Certains avancent même que c’est encore du 50/50, quant à effectuer un retour à la compétition. Une estimation qui cela dit a assez sensiblement évolué dans le bon sens, ces derniers jours… Personnellement, je veux y croire à tout prix : on va retrouver le Kenny qu’on connaît et qu’on aime, et plus vite qu’on le croit !

 

Du côté de Honda, en tous cas, on est à fond derrière sa star (normal, vu l’investissement, gloseront les cyniques), on croise les doigts et on se montre confiant : quoi de plus logique vu l’enthousiasme communicatif du garçon, sa volonté aussi farouche que légendaire et son état d’esprit hyper-combatif ? Ce qui n’empêche pas d’être inquiet, naturellement. D’autant que de son côté Cole Seely fait plutôt moins bien que prévu. Plafonne un peu, disons. Le Californien, s’il pointe au quatrième rang du classement provisoire (ce qui n’est pas rien non plus et même plutôt flatteur), ne compte jusqu’à présent que deux podiums, zéro victoire et paraît globalement dépassé par le trio qui le précède au championnat, Dungey-Tomac-Musquin. Heureusement, légère consolation, il y a eu la démonstration de Jeremy Martin à Daytona : ce qu’on appelle un essai transformé, mais il s’agissait juste d’un one-shot. Et pour le premier constructeur mondial c’est tout de même trop peu pour se rebâtir un moral au zénith.

 

A propos de mouvement au sein des teams, il se dit par ailleurs que du côté de chez Kawasaki, une fois le cas Tomac bétonné, on va devoir se charger de trouver un second pilote plus brillant que Josh Grant, même si ce dernier a pas mal roulé à Detroit (huitième, son meilleur résultat étant une sixième place à Anaheim 2 et sa position au provisoire le onzième rang). Aussi envisagerait-on de faire monter en 450 un Pro Circuit-boy, soit Joe Savatgy, soit Justin Hill, le premier ayant a priori l’avantage. D’ailleurs, même s’il ne s’agit en aucun cas d’une obligation règlementaire, on chuchote également que la catégorie reine pourrait récupérer pas mal de sang neuf en 2018, avec la promotion de garçons du 250 tels les deux pilotes Kawasaki précités, mais aussi Zach Osborne (chez KTM ?), Jeremy Martin, voire Aaron Plessinger (qui, c’est une certitude vu son gabarit, sera sûrement à son affaire en 450 cc). Heu, dites voir, si les choses tournent de la sorte, elles seront drôlement chères, les places chez les gros bars, l’an prochain !

 

Voilà, donc pour le moment : wait and see. A cette heure, prions (je me comprends) pour que Ken Roczen retrouve toutes ses facultés, un bras gauche tout neuf et totalement opérationnel. Et réjouissons-nous en nous préparant à assister à une fin de championnat certainement pas piquée des hannetons, ce qui souvenez-vous, au lendemain de la troisième épreuve et du crash de Roczen, semblait tout à fait hors de propos, chacun y allant de sa rengaine façon : « Championnat plié, adieu tout suspense », ce genre de prédiction… Ah, vous disais-je, et cette glorieuse incertitude du sport ?