Harley-Davidson XG 750 Turbo by Cherry’s Company



Cafe Fighter

Par Claude de La Chapelle. Photos : Hiromitsu Yasui. Special Thanks to Tadashi Kono

Harley-Davidson XG 750 Turbo by Cherry’s Company

A mi-chemin entre street fighter et cafe racer, la Harley Davidson XG 750 Street de Kaichiroh Kurosu, de l’enseigne japonaise Cherry’s Company est à tomber de l’armoire. Audacieuse, originale, élégante, racée, elle est également fonctionnelle, car avec le maître des lieux, il faut que « ça roule, ça freine et ça tourne ».

Dans son atelier de Tokyo, Kaichiroh Kurosu se penche depuis l’an 2000 sur les cadres et blocs Harley-Davidson. Si le principe de base est une fonctionnalité jamais prise à défaut, son imagination et sa dextérité lui permettent de repousser très loin l’art du custom qu’il pratique de façon artisanale, façonnant chacune des pièces en aluminium qui compose ses machines. Cherry’Company est une enseigne de référence, plusieurs fois primée dans les shows de dimension mondiale, comme celui de Yokohama. Récemment, Kurosu a fait sensation avec une BMW nineT baptisée Highway Fighter. Il s’agissait alors d’un deal avec le constructeur bavarois. Avec la XG 750 « Street Fighter », l’artiste japonais répond à une commande de la maison mère à Milwaukee, ayant sélectionné 5 constructeurs japonais dans le cadre du « Street Build-Off ». Ou comment offrir, via les talents et l’inventivité d’un artiste/mécanicien, un supplément d’âme à une bécane pensée par des cols blancs pour un marché mondial, manquant sensiblement de glamour...

 

Sur la base d’une Harley-Davidson XG 750 Street, le Japonais Kaichiroh Kurosu bouleverse les lignes, booste la mécanique et repense la partie-cycle.

Façonnée à la main, avec amour

Il est vrai qu’à la base, la Harley-Davidson XG 750 Street, entrée de gamme de la marque, n’est pas la plus bouleversante, et surtout, elle ne s’inscrit aucunement dans l’Histoire de La Motor Company. Son twin « Revolution X » en V, non pas à 45° mais à 60° (comme sur la V-Rod), refroidi par eau, développe 57 ch à 7 500 tr/mn pour 220 kg tous pleins faits. Conçue aux USA, produite en Inde (sauf pour le marché US), elle prend, entre les mains de Kaichiroh une tout autre dimension. Sur la base du châssis d’origine dont il a conservé 50%, Kurosu a repensé l’architecture du cadre pour une destinée plus sportive. Le travail est considérable et la réalisation à couper le souffle, à la fois dans son ingénierie et dans la qualité d’exécution : fourche à parallélogramme originale (avec un solide té taillé dans la masse et des bras en acier au carbone de 5 mm), surmontée d’un petit amortisseur V-Twin modifié derrière la petite bulle, nouveau bras oscillant accueillant un unique amortisseur de Ducati Monster à la place des deux éléments d’origine, berceau arrière recevant la batterie, la selle, la coque, partie inférieure du cadre coupée et habillée d’un carénage en aluminium réalisé, on a presque envie de dire, avec amour, tellement cette machine génère de bonnes ondes. Du réservoir à la coque en passant par la proue minimaliste avec optique halogène, tout ce qui est en aluminium a été pétri par les mains expertes de Kurosu. Et si certains détails sont dignes d’une démarche de joailler, c’est une impression de force qui se dégage de cette mécanique sensuelle à souhait, dans une livrée noire estampillée de l’atelier Nomad Concept.
Le freinage est confié à des disques V-Twin (et des maîtres-cylindres HD) pincés à l’avant par un étrier Nissin et par un étrier Harley FLT à l’arrière. Les roues, des pièces uniques, reçoivent, des slicks, Dunlop KR 149 120/70-17 à l’avant et KR 108 195/65-17 à l’arrière. Le poste de commande est composé d’un guidon « home made » avec levier d’embrayage Tomaselli, tachymètre V-Twin, compte-tours stock, sélecteur et pédale de frein signés Tarozzi, mais modifiés. Sinon, ce serait trop simple…

Harley-Davidson XG 750 Turbo by Cherry’s Company

Un turbo pour réveiller le twin

Kaichiroh Kurosu ne s’est pas contenté d’un travail artistique autour de la silhouette de la XG 750 Street que ses géniteurs ne doivent plus reconnaître. Il lui a également offert une cure de vitamines, histoire de booster un tempérament manquant de peps et d’autorité. Pour ce faire, il a adapté une suralimentation d’origine automobile dont l’intérêt mécanique ne vous aura pas échappé. Inventé par le Suisse Alfred Büchi, le turbo utilise les gaz d’échappement rejetés par le moteur pour faire tourner une turbine. Son ailette est reliée par un axe à une deuxième hélice qui compresse l’air. Cet air comprimé, envoyé dans le moteur, augmente le taux d’oxygène et la pression dans la chambre de combustion, synonyme de puissance en hausse. La pression est régulée par l’électronique via la westgate (soupape de décharge, qui évacue la pression excédentaire). Pour accroître la capacité du turbo, il faut pouvoir refroidir l’air compressé car un gaz que l’on compresse monte en température. C’est le rôle de l’intercooler ou échangeur. Et tout ce petit monde métallique cohabite parfaitement. Kurosu est parvenu à intégrer le turbo (côté droit), l’intercooler, le radiateur d’huile et tout le toutim en réalisant sur-mesure autant de composants que possible et en les intégrant parfaitement autour du bloc Harley et son radiateur qui conserve naturellement sa place. Et le résultat est franchement bluffant. Les gaz s’échappent désormais via un mégaphone d’une élégante simplicité, et là encore, de conception maison. Au final, un look original, qui ne ressemble à nul autre, une partie-cycle d’une audace folle, dont l’esthétique participe à la ligne exceptionnelle et une mécanique qui sent le soufre, la Harley XG 750, initialement produit de grande consommation, n’imaginait sans doute pas trouver le paradis sur terre, à Tokyo.