Fenouil : pionnier et figure iconique des rallyes africains

Par Claude de La Chapelle. Photos D.R.

Fenouil : pionnier et figure iconique des rallyes africains

Double champion de France d’athlétisme, critique de cinéma, journaliste, écrivain, pilote (il fut un pionnier des rallyes et amena BMW sur le Dakar), co-pilote (Toyota, Mitsubishi, Peugeot 405 Turbo 16, terminant 2e du Dakar 1990 avec Bjorn Waldegaard), organisateur du rallye de Tunisie puis des Pharaons, Patron du Dakar en 1994… infatigable globe-trotter (750 000 kilomètres de pistes en 40 ans), Fenouil est LA figure iconique des courses africaines autant qu’un pur aventurier dans l’âme. En toute logique, il est le premier à se soumettre à notre questionnaire.

Fenouil, la moto qui incarne l’aventure ?
La Yamaha XT 500 : la première polyvalente, capable de rouler vite et loin, sur route comme quelques autres avant elle, mais avec une agilité, un punch et une résistance jusqu’alors inconnus sur les pistes. De 1977 à 1980 inclus, pendant 4 ans, elle a tout gagné en courses africaines : Abidjan-Nice, Paris-Dakar, Tunisie… J’ai été le premier à courir avec une XT 500. C’était sur le Tour de France 1976. La XT aurait dû courir la Baja 1000 de fin 75, mais sa sortie a été retardée à cause d’un problème de piston. A l’arrière de la mienne, j’ai monté un Dunlop K91 de circuit, et à l’avant, j’ai gardé la roue de 21 et son pneu à tétines. Ce qui ne m’a pas empêché de griller les garnitures du tambour avant sur mon premier circuit. Ce qui n’a pas empêché Alain Vial, alors en bagarre avec Hubert Rigal pour le scratch, de me demander d’échanger ma XT 500 contre sa Kawa 1000 très affûtée, le temps d’une liaison. Au pointage suivant, le contrôleur FFM a protesté, nous a fait reprendre chacun notre vraie bécane, puis s’est marré. L’époque était cool.

 

A gauche : Avec la Japauto 900SS, lors du premier essai déjanté pour Moto Journal en 1972.
A droite : En 1976, Fenouil est le premier à courir sur la Yamaha XT 500, au Tour de France. Elle est dotée d’un pneu d’origine de 21 à l’avant et d’un Dunlop K91 de piste à l’arrière.

Celle qui vous a donné le frisson ?
La Japauto 950 SS. Avec elle, j’ai réalisé mon premier essai déjanté pour Moto Journal. En plein hiver 1972/73, par -2° et sans carénage (aucune moto de série n’en avait à l’époque, faudra attendre la BMW R90S pour ça), j’ai fait Paris/Chamrousse/Paris dans la journée, avec arrêt ski et déjeuner devant les pistes, et je suis revenu pour aller voir un vieux western au cinéma Olympic de Frédéric Mitterand.

Le voyage d’une vie ?
Je n’aime pas trop cette idée de voyage d’une vie, comme si ensuite, on n’attendrait plus rien… Je préfère rêver des voyages que je viens d’effectuer : la Basse Californie mexicaine, puis la Sardaigne cet automne, en préparant un truc nouveau, ici, le « 45e Parallèle » un rallye de régularité auto/moto en mai 2016, entre Villars-de-Lans et Lacanau Océan.

La Kawasaki 900 Z équipée de pneus trial et d’une peau de chèvre pour se couper de la chaleur du moteur, lors du Paris-Alger-Tamanrasset.

Celui que vous avez déjà fait ?
Le plus fou est, en juin 1973, mon premier voyage saharien avec une Kawasaki 900 Z1 sur laquelle j’avais monté des pneus trial, puis posé une peau de chèvre sur le réservoir pour tenter de m’isoler de la chaleur du moteur. Hubert Rigal me faisait l’assistance avec ma Volvo 544 Sport que je venais d’acheter dans un fossé où elle s’était crashée, moins cher que le prix de sa carte grise. Le plus incroyable est que nous avons rapporté les 2 véhicules. La Kawa, je l’ai rachetée à l’importateur et me la suis fait aussitôt piquer. La Volvo, je l’ai toujours, et Hubert Rigal me demande régulièrement des nouvelles de « notre » Volvo.
Le plus fun est le Rallye du Nevada 1993 sur une KTM 650, en plein cagnard encore, avec départ et retour à Las Vegas, et Puce, ma fiancée, qui allumait au volant de notre gros 4x4 d’assistance. Cette année-là, elle a fait chaque jour le scratch des assistances ! Et la seule fois où elle s’est ensablée, elle a réquisitionné les jeans tout neufs que Michel Deschamps, le photographe de l’Equipe, venait d’acheter, pour les glisser sous ses pneus, juste à côté d’un serpent à sonnette qui en crissait de colère. Çà a marché ! Elle aurait mérité le trophée No Fear du Même Pas Peur !

La Kawasaki 900 Z sur la piste de Tamanrasset en 1973.

Votre meilleur et pire souvenir ?
Meilleur souvenir : question sexe, je pense être dans la norme des obsédés sexuels ordinaires comme disait Woody Allen, mais question moto, je suis un tardif. J’ai passé mon permis en 1970, à 27 ans, un âge où Cyril Neveu avait déjà gagné 2 ou 3 Paris-Dakar. J’ai emprunté de l’argent au Crédit Lyonnais en prétextant un restaurant à monter. Et à la place, j’ai acheté une Honda 750, -moi qui n’avais jamais piloté un Solex ou une Mobylette-. Finalement, merci le Crédit Lyonnais, cet investissement était excellent puisque j’ai abandonné la presse cinéma pour la moto et l’aventure.
Pire souvenir : Quelques casses mécaniques ou humaines, quelques grosses frayeurs en course de désert, quelques tricheries et coups bas qui m’ont désagréablement surpris, quelques Kalachnikov sur le ventre à des frontières… Bof, je suis encore là, sans séquelles physiques importantes et en bonne santé pour le moment, alors que dès le départ, je n’étais pas programmé pour vivre vieux. Donc, je n’ai pas de mauvais souvenir perso, sinon la douleur-qui ne cicatrice jamais-, d’avoir perdu quelques amis proches.

J’ai emprunté de l’argent au Crédit Lyonnais en prétextant un restaurant à monter. Et à la place, j’ai acheté une Honda 750, moi qui n’avais jamais piloté un Solex ou une Mobylette.

Qu’est-ce qui vous retient de partir ?
Rien.

Ce qui vous donne envie de prendre la route ?
Le soleil qui se lève, là-bas devant moi.

L’objet superflu que vous emporteriez ?
Mon coquetier, un petit bonhomme en plastique jaune qui fait le poirier en attendant mon œuf à la coque du matin. Il me met en joie dès ma première gorgée de café brûlant. Il m’accompagne dans toutes mes virées de désert. Et bien sûr, il participe à mes petits-déjeuners à la maison, -avec ma femme, mon chien et mon chat-, qui essayent de me le piquer, mais je veille.

Un week-end en France, seul ou à deux ?
A deux bien sûr, au pays de la douceur de vivre. Et il y a tellement de beaux endroits à voir ou à revoir.


A gauche : Rallye du Nevada 1993. Le final se jouait entre le casino Excalibur et miss Nevada…
A droite : Au guidon de la Kawasaki 400 KH montée en pneus trail, préparée par Gary Carrera, ayant servi aux recos du rallye Abidjan-Nice en 1975 puis, 3 mois plus tard, à l’escalade du Massif du Hoggar vers l’Assekrem.

Un aventurier qui vous inspire ?
L’explorateur polaire Shackleton recrutant son équipage il y a plus d’un siècle, avec cette annonce : « Hommes requis pour voyage périlleux, bas salaires, froids intenses, longs mois de ténèbres, dangers constants, retour incertain ; honneur et célébrité en cas de succès ». Quel bel appel au courage, à l’abnégation, au voyage…

La musique et le livre qui vous accompagnent ?
Ça change tout le temps, heureusement… En ce moment, le Concerto italien de Jean-Sébastien Bach, et le Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durell –presque la même histoire racontée par quatre personnages différents, du Marcel Proust en tellement plus sensuel et déchirant-. Le mois dernier, j’étais plutôt jazz, malgré mon absence d’oreille qui m’accable. Et en bouquins, je surfais entre le vertigineux Vernon Subutex de Virginie Despentes, et Frères de sang de Ernst Haffner, sur la misère effrayante d’un gang d’enfants abandonnés dans le Berlin pré-nazi des années 30.