ESSAI : RED BULL KTM 450 SX-F "Antonio Cairoli"



Par Paul Malin - Photos Ray Archer

ESSAI : RED BULL KTM 450 SX-F

C’est plutôt rare de voir Antonio Cairoli en difficulté, n’est-ce pas ? Eh bien pourtant ça s’est vu cette année : pour une fois, Tony n’a pas filé tranquillement vers un nouveau titre mondial. Il a vécu, c’est le moins qu’on puisse dire, une saison faite de hauts et de bas, qui a fini par s’achever en queue de poisson.

Elle avait démarré assez laborieusement, avec seulement deux victoires de manches lors des cinq premières épreuves. Et tout de même trois podiums, mais on était loin du standing habituel du maestro sicilien. Il avait beau répéter que la situation était parfaitement sous contrôle et flirter avec le leadership au championnat au soir du quatrième round à Pietramurata (après avoir fait jeu égal avec Max Nagl, il talonnait l’Allemand à un petit point), on ressentait l’impression sourde qu’on n’avait pas affaire au champion habituel. D’ailleurs, au GP suivant à Valkenswaard, il s’était crashé en seconde manche et avait perdu d’un seul coup un paquet de points. Alors la presse s’était déchaînée, genre : « Cairoli sur la corde raide ! ». Et ce n’est pas son passage sur une quatre-et-demie quinze jours plus tard en Espagne qui risquait de calmer le jeu ! Comment pouvait-il ainsi changer de moto en pleine saison, abandonner sa fidèle 350 qui l’avait si bien servi jusque-là, pourquoi donc un pari aussi fou ? Les commentaires allaient bon train et laissaient entrevoir un TC 222 nettement moins serein qu’à l’accoutumée…

Essai KTM Factory Antonio Cairoli

Mais… Boum ! Le champion répondait du tac au tac, s’imposant (3/1) à Talavera. Première sortie aux commandes de la 450, premier succès (de la saison également) ! Le patron était de retour aux affaires. Et il enchaînait avec une seconde victoire en Grande Bretagne, puis un podium en France. Il comblait son déficit au championnat, qui fondait à vue d’œil. Hélas, mille fois hélas, lors de l’étape suivante, chez lui à Maggiora, une blessure au bras allait comme on l’a vu (malgré un héroïque mais vain baroud d’honneur qui, se prolongeant sur quatre épreuves, dura un mois) finir par mettre un terme à sa saison. Cependant cela ne fait aucun doute, il l’a très clairement démontré, sur la 450 SX-F Tony reste un sacré client, quelqu’un avec qui il faudra toujours compter… L’an prochain, par exemple !

Mais revenons à nos moutons : la machine que Tony a utilisée en seconde partie de saison, une 450 usine millésime 2016, est assurément la moto la plus compacte, la plus petite et la plus légère que KTM (et quiconque…) ait jamais construite dans cette cylindrée. C’est bien pourquoi Tony l’a adoptée : ça et le besoin de davantage de puissance et de couple maxi au moment du départ, bien sûr. Ce n’est pas que la 350 soit dépassée mais, comme l’explique Dirk Gruebel : « Tout le monde a beaucoup progressé, les circuits sont de plus en plus rapides et ont pas mal changé. La 350 reste une excellente machine, vraiment, mais vu comment la 450 a évolué… Elle est extrêmement maniable et, grâce à l’électronique notamment, elle a fait de tels progrès au plan de la facilité, de l’agrément de conduite que, oui, eh bien elle s’est imposée, tout simplement ».

Les premières impressions en découvrant le jouet de Tony ? On a affaire à une petite moto, très compacte : non, on ne nous a donc pas menti. Le guidon est un Renthal Fat Bar 827, le même que celui de Jonass, du coup la position est assez identique. Les leviers sont réglés un peu haut, comme les aime Tony. Autre similitude avec la machine du Letton, l’amortisseur arrière fonctionne avec un ressort de 42. En revanche la fourche est ici un peu plus dure (4.6).

Et, attention, quand on insiste, quand ce moteur prend tous ses tours, là ça dépote !

La puissance arrive sans brutalité, mais comme on pouvait s’y attendre, il y a du répondant, avec en particulier un couple à bas régime plus que « décent », qui vous tracte hors des virages comme une fleur. Et, attention, quand on insiste, quand ce moteur prend tous ses tours, là ça dépote ! On comprend mieux pourquoi Tony a opté pour cet engin : c’est du sérieux, une vraie bête de caractère. Avec cette 450, en fait, il a comme on dit le beurre et l’argent du beurre : d’un côté des chevaux autant qu’il veut, là où il veut et quand il veut, d’autre part et simultanément un châssis incroyablement compact, vif et pour tout dire léger, qui n’est pas sans rappeler celui de cette 350 qu’il appréciait tant… L’idéal.

Au niveau du freinage, Cairoli a choisi le même dispositif que Jeffrey Herlings (du 10 mm) pour un résultat identique, soit un disque avant super puissant, presque un peu trop pour moi en tous cas.

Pleine de punch sans brutalité, avec une plage de puissance quasi-illimitée, géniale en virage et étonnamment facile à emmener, cette machine paraît devoir mériter le titre, sans aucun doute, et de loin, de meilleure 450 jamais produite par KTM. Tout simplement !