Essai KTM 2016 Factory Edition



« Usine » !

Par Paul Malin - Photos Simon Cudby

Essai KTM 2016 Factory Edition

2016 semble devoir se présenter au mieux pour KTM : non contents d’avoir placé la barre très haut en présentant une nouvelle génération de machines de série parmi les plus performantes et les plus légères de leur catégorie, les Autrichiens font à nouveau la une en dévoilant de nouvelles séries spéciales « Factory Edition » qui reprennent le look des motos officielles engagées outre-Atlantique par KTM USA, 450 Red Bull de Ryan Dungey et 250 SX-F Troy Lee Designs de Jessy Nelson.

Depuis une quinzaine d’années, KTM domine la scène du motocross au plus haut niveau international. Ça a commencé en Europe où la marque a conquis quelque onze titres en classe 125/MX2 depuis l’an 2000, excusez du peu, et pas moins de cinq en catégorie reine, MX1/MXGP. Aux Etats-Unis, le phénomène a mis un peu plus de temps à se déclencher, mais peu à peu les conditions du succès se sont mises en place et aujourd’hui on peut dire que la réussite est à peu près la même des deux côtés de l’océan…
Des pilotes « import » tels que Ken Roczen et Marvin Musquin ont été une partie des instruments de ce tour de force lorsque, après avoir connu la gloire en GP avec KTM, ils ont décidé de se lancer sur le circuit américain, accueillis là-bas par un certain Roger De Coster qui quant à lui a opté pour l’usine européenne après avoir passé tant et tant d’années aux côtés de Suzuki, de Honda, puis de Suzuki à nouveau. Et qui évidemment a joué lui aussi un grand rôle dans la réussite de KTM aux USA. Mais, naturellement, la technologie n’y est pas pour rien elle non plus. Alors ajoutez à cela le talent d’une recrue de premier choix tel que Ryan Dungey (on peut aussi citer Jason Anderson en 2014) et tout à coup les victoires et les titres n’étaient plus très loin !

 

Les secrets du succès
En termes de victoires, la saison 2015 a été fantastique pour KTM USA, quasi-parfaite même, aussi restera-t-elle dans l’histoire grâce au titre AMA Supercross obtenu par Ryan Dungey, le premier pour la marque orange depuis la création de ce championnat, devenu le plus important commercialement parlant, en 1974. La consécration a été totale lorsque le champion maison s’est vu au surplus couronné en outdoors 450 après l’avoir été en SX. Formidable doublé ! Sans oublier son équipier français Marvin Musquin, qui avait assuré pour le compte du team Red Bull le titre 250 SX Côte Est : bref, le triomphe a été complet au nouveau monde pour le constructeur autrichien.

Alors, pour célébrer pareille performance, le millésime 2016 des KTM Factory Edition reprend donc les couleurs des motos appelées à représenter l’usine sur le front US cette saison : 450 SX-F Red Bull Ryan Dungey « replica » et 250 Troy Lee Designs « Jessy Nelson ». Ce qui ne manque pas de ravir le propriétaire de l’équipe nouvellement adoubée par l’usine en petite cylindrée afin d’y défendre ses intérêts, Troy Lee en personne : « C’est une sorte de rêve qui se réalise… Voir ces machines, celles-là, ainsi décorées, whaou, quel bonheur ! ». Il est vrai que KTM n’a pas tardé à faire confiance au Californien et à ses troupes, puisque ce n’est que fin 2014 que le team Troy Lee Designs a rejoint le camp orange, après avoir longtemps servi Honda. Voici donc un superbe témoignage de confiance, qui cela dit n’étonne pas outre mesure ceux qui connaissent bien Troy Lee et son immense degré d’implication, son amour pour son team…

C’est d’abord que tout le monde travaille la main dans la main, tous ensemble tendus vers le même objectif, à l’intérieur du team comme dans ses relations avec l’usine en Autriche. A mon avis, ne cherchez pas plus loin pourquoi nous avons pu accomplir de tels progrès en si peu de temps - Roger De Coster

Les deux machines, 250 et 450 cc, impressionnent dès le premier coup d’œil : assurément on a affaire à du matos de première classe, à du « spécial ». Mais il ne s’agit pas seulement d’un kit déco branché et de quelques pièces anodisées. Lorsqu’on songe d’où vient la marque, où elle en était au tournant du siècle et à quel point KTM est aujourd’hui au top, on ne peut que s’émerveiller devant les pas de géant accomplis par cette compagnie. Progression inouïe dont ces « Factory Edition » sont une preuve éclatante.

Des engins sur lesquels, des deux côtés de l’Atlantique, les services-course représentant le constructeur vont s’appuyer pour batailler au plus haut niveau international. D’après « The Man » en personne, Roger De Coster, les raisons du succès de l’équipe, les raisons pour lesquelles elle en est arrivée là où elle est aujourd’hui, « C’est d’abord que tout le monde travaille la main dans la main, tous ensemble tendus vers le même objectif, à l’intérieur du team comme dans ses relations avec l’usine en Autriche. A mon avis, ne cherchez pas plus loin pourquoi nous avons pu accomplir de tels progrès en si peu de temps ».

Et quelle meilleure façon de faire plus ample connaissance avec ces nouvelles « Factory Edition » que de se diriger sans plus attendre vers le circuit SX SoCal (Californie du Sud) de KTM en compagnie du personnel au grand complet des deux structures, Red Bull et TLD, afin de se rendre compte « à l’usage » ? C’est l’expérience que les médias ont été conviés à tenter.

D’abord, les pilotes des deux teams ont tous été appelés à venir discuter le coup, en toute décontraction, avec les invités du jour, avant de prendre la piste et par la même de dévoiler leurs nouvelles tenues et leurs numéros 2016. Ainsi a-t-on pu découvrir ce number one, si convoité, que Ryan Dungey arborera sur sa 450 à partir de Anaheim 1, le 9 janvier…

Etre ainsi autorisé à se tenir juste au bord de ce circuit auquel seuls les pilotes officiels ont accès, en quelque sorte leur « bureau », une piste qu’ils liment à longueur d’année, est un sentiment plutôt jouissif, un de ces moments assez rares où l’on se sent très privilégié. Une expérience appréciée de tous ceux qui l’ont partagée avec moi, en tous cas. Après cette petite démonstration de la part des pros, nous avons déjeuné tous ensemble, stars du MX et nous autres pauvres mortels de journalistes. En discutant, vous l’aurez deviné, de motos et de motocross…

Essai KTM 2016 Factory Edition

Toujours plus fort
Les KTM quatre-temps version 2016 sont à la pointe de l’actualité avec plus de 90% de nouvelles pièces par rapport aux modèles précédents. Plus légères d’environ cinq kilos et plus puissantes que jamais, elles se caractérisent surtout par un énorme travail de recentrage des masses. Nouveaux moteurs, nouveaux châssis, nouvelles suspensions et nouvel habillage, tout ceci concourt à faire des KTM dernière mouture les plus grandes réussites de l’histoire de la marque, et de loin. Vraiment des produits de très haute technologie dans ce qu’elle a de meilleur.

Toute la gamme quatre-temps utilise la même partie-cycle super compacte, aussi d’un point de vue ergonomique les premières sensations sont-elles les mêmes quel que soit le modèle qu’on prend en mains. C’est assurément un plus. La majeure partie du développement s’est effectuée en collaboration fort étroite avec les pilotes officiels des deux côtés de l’océan, Antonio Cairoli, octuple champion du monde et Ryan Dungey, double champion MX et SX (2010 et 2015, entre autres trophées) en tête, aux côtés des deux services R&D (puisque désormais il y en a un chez KTM USA, comme à l’usine).

Bécane d’usine
Esthétiquement parlant, dès le premier coup d’œil ces « Factory Edition » en jettent, il n’y a pas à dire : leurs kits graphiques, aussi flashy l’un que l’autre, n’y sont pas pour rien, mais ce n’est pas tout. Pas tout du tout. En s’approchant davantage, on voit vite qu’il y a d’autres surprises à découvrir. Si en Europe les modèles stock sont livrés déjà équipés de fourches WP AER (à air, ah, ah !) ø 48 mm, avec à l’arrière un nouvel amortisseur WP équivalent, aux USA les KTM standard disposent encore d’éléments du type 4CS. Eh bien ces « Factory Edition » arrivent avec la WP 48 AER, même si les réglages de base sont assez différents de ceux des versions européennes. Cette fourche triple chambre (à trois chambres d’air séparées) pèse 1,4 kg de moins que son homologue à ressorts qu’elle remplace. Le processus de réglage ne pourrait être plus aisé, à l’aide d’une simple valve. Le tube gauche renferme l’air tandis que l’autre joue sur l’amortissement. On trouve à l’arrière un amortisseur assorti, nettement plus compact et 1,1 kg plus léger, avec un réservoir de gaz plus volumineux pour un refroidissement amélioré. A nouveau cadre, nouveau système de biellettes : à première vue rien de très différent par rapport à ce qu’on connaissait, mais en fait tout est inédit, avec notamment deux tiges rallongées qui ont paraît-il été l’objet de très longues séances de testing sur cette même piste de supercross. Le bras oscillant, nouveau lui aussi bien sûr, bénéficie également de la cure d’amaigrissement général.

Côté look, des tés de fourche anodisés orange et des jantes DID noires renforcent encore le sex appeal de ces beautés et, pour terminer, la 250 SX-F FE dispose d’un silencieux FMF titane, tandis que la 450 FE  reçoit un élément Akrapovic, en titane de même.

 

Deux-et-demie

La première chose qui vient à l’esprit, dès qu’on enfourche une nouvelle KTM, c’est à quel point elle paraît petite ! Par rapport aux modèles précédents la différence est très sensible et la prise en mains est absolument immédiate. Rien ne s’y oppose, tout « tombe » juste là où il faut. La forme du guidon Neken est parfaite et oui, tout semble à sa place, c’est facile, c’est confortable. Un coup de démarreur et le silencieux FMF prévient d’emblée qu’on est au guidon d’un engin pas comme les autres : le son est carrément sublime, mais ce n’est pas seulement une question de tonalité, plutôt surtout d’impressions, de feeling. On évolue surtout en seconde, troisième, quatrième. Si on se loupe un peu, si l’on change un rapport trop tôt par exemple, le moteur pardonne, en revanche si l’on s’y prend comme il faut, si l’on veut exploiter ce bloc au maximum de ses possibilités, alors on n’est jamais déçu ! Les capacités de cette deux-et-demie sont épatantes. Peut-être y a-t-il un lien avec la transmission, les motos livrées en Europe étant équipées en 13/50 tandis que ces FE arrivent en 14/51 et, sur cette piste de Cahuilla Creek, c’était tout simplement le rapport parfait.

Le dessin du cadre (et l’angle de chasse modifié en particulier) permet de virer dans un mouchoir et la combinaison entre selle plus basse et réglages de suspensions différents fait des merveilles : à tous points de vue ce nouveau châssis est un régal. J’ai notamment été très impressionné par la fourche, qui absorbe avec une constance exemplaire tous les obstacles. Mais l’arrière n’est pas en reste, la machine file droit et, en toute confiance, on a tendance à vouloir en remettre tant et plus, à tenter de pousser cette moto dans ses derniers retranchements, tant on se sent en sécurité.

Le freinage (Brembo, bien entendu) quant à lui fait si bien son boulot qu’on oublierait presque d’en parler. Bref, cette moto est décidément une petite merveille. Si vous cherchez une moto sur laquelle vous voulez vraiment vous faire plaisir, je pense que vous avez trouvé !

 

Fiche technique 250 SX-F Factory Edition
Moteur
Monocylindre quatre-temps
78 x 52,3 = 249,9 cm3
Taux de compression : 14,4 :1
Quatre soupapes SOHC
Démarreur électrique, batterie Lithium Ion 12V 2,2 AH
Injection Keihin EFI corps ø 44 mm
Gestion électronique Keihin EMS
Boîte 5 rapports
Rapports : 13:32 16:32 17:28 19:26 21:25
Rapport primaire : 24:73
Secondaire : 14:51
Embrayage DDS multidisque en bain d’huile

Châssis
Cadre acier 25CrMo4 double berceau, partie arrière alu
Guidon Neken
Fourche AV WP USD AER ø 48 mm
Amortisseur AR unique WP + système de biellettes progressif
Freins Brembo AV/AR 260/220 mm
Jantes DID Dirt Star
Echappement : silencieux FMF titane
Angle de direction : 26°1
Garde au sol : 370 mm
Hauteur de selle : 960 mm
Réservoir 7 litres
Poids à vide : 98,5 kg

 

Quatre cinquante

Cette moto va vous séduire direct, c’est sûr, vu l’impression de légèreté et de compacité qui s’en dégagent immédiatement, au premier contact. Et attention, ça va vite, aussi : lorsque les brochures KTM vous annoncent qu’avec 62 chevaux cette 450 est la plus puissante que la firme ait jamais construite, elles ne mentent pas. Ne plaisantent pas. On peut choisir entre deux modes de conduite grâce à l’électronique : soit l’option cool, puissance contenue, délivrée avec onctuosité pour une facilité de pilotage maximum, soit l’option «  pro » offrant tout ce que peut souhaiter un très bon pilote d’aujourd’hui désireux de gagner des courses. L’un comme l’autre, les deux modes font parfaitement leur boulot. Il est d’ailleurs à noter que ce dispositif est également disponible sur la 250.

En mode standard je dirais que cette machine est certainement la 450 la plus facile à emmener que j’aie jamais essayée, avec sa façon assez unique de distribuer la cavalerie, super smooth, qui permet de se sentir en contrôle permanent, d’avoir l’impression de constamment dominer la situation, ce qui n’est pas toujours évident, d’habitude, sur cette catégorie d’engins. Mais si vous avez envie de sensations fortes, un petit coup de bouton et hop ! La patate est au rendez-vous, et pas seulement à bas régimes. Cette bestiole a  de très longues pattes, les plus longues qui soient peut-être, si vous voyez ce que je veux dire, si l’image vous parle : quel rayon d’action ! Presque de quoi s’offrir un aller-retour terre-lune, ce genre-là. Dans un bruit dispensé par le silencieux Akrapovic à l’unisson…

Si en Europe la 450 est équipée d’origine d’une boîte quatre rapports, la Factory Edition en renferme cinq. Sans doute une histoire de style de pistes, plus vastes et plus rapides, aux Amériques. En tous cas j’ai été bluffé par le souffle de ce moteur : dans une ligne droite, juste pour voir, j’ai poussé la seconde à fond de chez à fond et plus encore, eh bien j’ai eu l’impression que ça n’arrêtait jamais de pousser, encore et toujours. Super. Pareil en troisième, et là ça commence à défiler… Bref, quel que soit votre style et votre niveau, cette moto s’avère capable de satisfaire le plus grand nombre.

Sans doute atteint-on là le principal point fort de cette machine : sa compacité, étonnante pour sa cylindrée, si bien qu’on se croirait assis sur une 250 cc. Aussi se sent-on en permanence en pleine confiance aux commandes de la 450 SX-F, tant on fait qu’un avec elle. On évolue à l’aise, sans effort superflu. La tenue de piste est excellente, à l’instar de celle de la deux-et-demie. La fourche fait un boulot impeccable, même en sortant tout juste de la caisse, l’amortisseur de même, et le tout petit châssis permet de virevolter comme on veut dans les secteurs les plus tortueux. La 450 est aussi sympa, aussi amusante à conduire, que sa petite sœur. En fait, entre les deux seule le nombre de chevaux diffère.

Au final, je dirai que ces deux KTM « Factory Edition », super agréables à piloter, sont de vraies machines à délivrer du plaisir. Et je suis certain que tous vous ne pourrez que penser comme moi dès que vous les aurez essayées !

Fiche technique 450 SX-F Factory Edition
Moteur
Monocylindre quatre-temps
95 x 63,4 = 449,9 cm3
Taux de compression : 12,75 :1
Quatre soupapes SOHC
Démarreur électrique, batterie Lithium Ion 12V 2,2 AH
Injection Keihin EFI corps ø 44 mm
Gestion électronique Keihin EMS
Boîte 5 rapports
Rapports : 16:32 18:30 20:28 22:26 24:24
Rapport primaire : 31:76
Secondaire : 13:48
Embrayage DDS multidisque en bain d’huile

Châssis
Cadre acier 25CrMo4 double berceau, partie arrière alu
Guidon Neken
Fourche AV WP USD AER ø 48 mm
Amortisseur AR unique WP + système de biellettes progressif
Freins Brembo AV/AR 260/220 mm
Jantes DID Dirt Star
Echappement : silencieux Akrapovic titane
Angle de direction : 26°1
Garde au sol : 370 mm
Hauteur de selle : 960 mm
Réservoir 7 litres
Poids à vide : 100,4 kg